Coronavirus : « L’esclavage fait son retour en Inde », qui sape son droit du travail

Coronavirus : « L’esclavage fait son retour en Inde », qui sape son droit du travail

le 12/05/2020

A quelques jours du déconfinement, plusieurs Etats de l’union indienne ont décidé de porter la semaine de travail à soixante-douze heures.

 
Réforme profonde ou retour un siècle en arrière ? La suspension par ordonnances du droit du travail dans plusieurs Etats de l’Inde soulève l’indignation générale. A l’approche du déconfinement, programmé lundi 18 mai, plusieurs grandes régions très peuplées ont subitement jeté aux orties l’arsenal de lois qui régissent les relations entre employeurs et employés.

L’Uttar Pradesh a été le premier à se lancer, mercredi 6 mai. Dirigé par un moine nationaliste hindou extrémiste, l’Etat le plus peuplé de l’union indienne (200 millions d’habitants), constatant que l’activité économique était « sévèrement affectée » par l’isolement imposé à la population, depuis le 25 mars, pour lutter contre le Covid-19, a décidé d’« exempter toutes les entreprises, usines et fonds de commerce de l’application du droit du travail », à part quatre textes sensibles sur, notamment, le travail des enfants.

Cet état d’exception va durer trois ans. D’un coup de baguette magique, ce sont toutes les lois relatives au règlement des conflits du travail, à la sécurité, à la santé et aux conditions de travail, à la reconnaissance des syndicats et aux conditions des travailleurs migrants de l’intérieur qui disparaissent.

A Lucknow, capitale régionale, les autorités avancent qu’en raison des « circonstances actuelles » il faut laisser « une certaine flexibilité » au patronat

A Lucknow, capitale régionale, les autorités avancent qu’en raison des« circonstances actuelles » il faut laisser « une certaine flexibilité » au patronat. Cela permettra, disent-elles, de « protéger les emplois existants » et d’en fournir « aux migrants qui reviennent dans l’Uttar Pradesh », ayant dû abandonner les grandes métropoles de l’Inde où ils travaillaient lorsque le virus a fait son apparition.

Depuis le 1er mai, des trains spécialement affrétés ramènent chez eux les travailleurs journaliers qui survivaient depuis un mois et demi, sans un sou, dans les villes surpeuplées de Delhi, Bombay ou Bangalore. Rien que dans l’Uttar Pradesh, ils seraient deux millions à revenir actuellement dans leurs villages natals.

« Disposer des travailleurs à leur convenance »

Sidéré par les déplorables conditions de travail qui attendent tous ces gens, Ramapriya Gopalakrishnan, avocat spécialiste du droit du travail, installé à Madras, estime que « l’esclavage fait son retour en Inde ». Mardi 12 mai, l’universitaire Pratap Bhanu Mehta a pour sa part dénoncé dans l’Indian Express « ces ordonnances qui confirment les pires craintes que l’on pouvait avoir : l’urgence de la pandémie est utilisée pour user de pouvoirs arbitraires à un moment où il est impossible de manifester ». L’Inde revient à « la barbarie du XIXe siècle », d’après lui.

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