Uber Eats et Deliveroo à la conquête des petites agglomérations françaises

Uber Eats et Deliveroo à la conquête des petites agglomérations françaises

le 09/02/2020

Les deux principales plates-formes de livraison de repas s’implantent chaque semaine dans de nouvelles villes. A Blois, après quelques mois d’activité, le service semble arriver à saturation.

 

Amir (son prénom a été modifié à sa demande) nous invite à bord de sa 206. Entre les sièges bébé fixés sur la banquette arrière sont posés deux sacs isothermes. Après une faillite, ce pizzaïolo s’est transformé en livreur pour Uber Eats et Deliveroo à Blois (Loir-et-Cher). En ce midi pluvieux, il s’en va déposer un taco poulet pour 4,30 euros la course. « C’est en attendant mieux. J’espère devenir grutier. »

Depuis 2019, les deux principales plates-formes de livraison de repas bataillent dans la cité royale. Elles opèrent chacune sur vingt-sept restaurants, souvent les mêmes enseignes. Uber se targue de disposer d’une armada de quarante-cinq livreurs, contre quinze pour Deliveroo. Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), Saint-Lô (Manche), Château-Thierry (Aisne), Granville (Manche)… Chaque semaine, de nouvelles villes de l’Hexagone, petites et moyennes, sont conquises. « Aujourd’hui, nous couvrons 50 % de la population française, soit 34 millions de personnes, et nous sommes présents dans 180 agglomérations », explique-t-on chez Uber Eats. Deliveroo, de son côté, affiche une cinquantaine d’agglomérations au compteur.

Blaise Fontaine gère Les Pizzélices, un établissement situé au cœur de Blois et qui vend des pizzas à emporter. « Quand Uber Eats est apparu, en mars [2019], six concurrents s’y sont inscrits. J’ai préféré attendre de voir. J’ai vite vu. Au bout de six mois, mon chiffre a baissé, comme si les gens avaient modifié leurs habitudes. Alors, je m’y suis mis. » Il a dû payer 300 euros comme ticket d’entrée et reverse 30 % de chaque vente.

 

Le 1er décembre, il s’est aussi inscrit chez Deliveroo. « Tout est pareil : même fonctionnement et même commission. Les livreurs aussi sont les mêmes. » Il ne connaît pas le nom de ses clients, ni leur adresse. Tout juste sait-il combien le livreur perçoit. « J’en ai vu un rejoindre l’immeuble en face, pour une course à 2 euros. Je veux encore pouvoir saluer ma clientèle, alors je baisse mes tarifs au comptoir ». Soit des pizzas à 5 euros le midi.

« Le côté humain, c’est essentiel pour moi »

Les KFC, McDonald’s et Burger King, installés en périphérie à proximité des grandes surfaces et jusqu’alors seulement accessibles aux clients ayant un véhicule, en profitent. Grâce à ces applis – et à leurs commissions mieux négociées –, les fast-foods parviennent à toucher les 3 700 étudiants du centre-ville de Blois.

Muni d’un sac et d’un manteau noir au nom d’Uber qu’il a acheté 136 euros, Boubakar est devenu livreur il y a trois mois. En janvier 2020, ce Guinéen de 29 ans renonce à son VTT. « Je roulais 12 km pour un seul menu au MacDo de Vineuil, près d’Auchan. Epuisant. » Avec son scooter, il va plus vite et espère se refaire. « Je dois des sous à un ami, mais au moins, je renonce aux restos du centre, où on est trop nombreux. »

 

« Ce qui plaît le plus ici, ce sont les burgers, tacos et pizzas »,reconnaît Louis Lepioufle, cadre chez Deliveroo. « Mais nous étoffons l’offre. On travaille par exemple avec la Brasserie Saint-Jacques. »Sébastien Trécul est le patron de cette coquette table installée près de la gare SNCF. Ses habitués sont les agents du Pôle emploi mitoyen. Il collabore avec Deliveroo. « J’aimerais bien livrer de la tête de veau, de la choucroute, mais leurs clients n’aiment que le burger et le mien est plus cher. » Il y a trois semaines, un commercial Uber l’a approché. « Il refusait de se déplacer pour discuter. Au moins, celui de Deliveroo est venu trois fois, sans parler du photographe. Le côté humain, c’est essentiel pour moi. »

Selman Zengin, gérant du Bar à burger, à côté de la préfecture, avait longtemps imaginé lancer une flotte de livreurs, à partager entre établissements non concurrents. « Et sans hotline intempestive… car, quand j’oublie de me connecter, la plate-forme me harcèle depuis un numéro étranger. » Il regrette de ne pas avoir franchi le pas. Il y a deux mois, deux habitants de Dinan, dans les Côtes-d’Armor, ont ainsi créé Resto Sprint, avec une application spécifique, quatorze restaurants partenaires et deux livreurs en CDI et à temps complet. « Je pense que notre ville n’est pas la cible des grands groupes, de par sa taille et le manque de collaboration des restaurateurs », estime Florian Racine, son cofondateur

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